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Valparaíso va reprendre de la hauteur
Avec ses maisons colorées accrochées à la colline, Valparaíso est l’une des villes les plus emblématiques du Chili. De la superbe maison de Pablo Neruda aux promenades dans les cerros, l’attrait touristique de cette ville portuaire est indéniable. L’une des particularités de la cité maritime, et non des moindres, ce sont ses ascensores, quinze antiques funiculaires datant, pour le plus ancien, de la fin du XIXe siècle. Pour une misère, ils font voyager dans le temps les flots de touristes. Enfin, quand ils fonctionnent ! La maintenance sur les différentes machines est de plus en plus régulière et certaines sont en panne depuis de longs mois.
Entre les ascensores appartenant à la municipalité et ceux à des entreprises privées, l’entretien laisse à désirer. Sauf que Valparaíso a un rang à tenir. L’Etat chilien a donc annoncé son intention de racheter dix funiculaires pour un montant estimé à 2000 millions de pesos (moins de 3 millions d’euros) pièce. Il s’agit pour le gouvernement de tenir une promesse de campagne du président Piñera au sujet du maintien des ascensores. "Ils font partie du patrimoine culturel et historique du port et ils ne peuvent pas disparaître", a rappelé Rodrigo Hinzpeter Kirberg, ministre de l’Intérieur chilien, lors de l’annonce du plan de rachat il y a quelques jours. Florida, Mariposas, Monjas, Artillería, Cordillera, Concepción, Larraín, Espíritu Santo, Villaseca et Lecheros seront donc propriétés de l’Etat avant la fin de l’année 2011.
Au delà de l’enjeu touristique, l’image de la ville, inscrite au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 2003, est en jeu. Valparaíso est en effet le plus important port chilien. Mais il est en perte de vitesse. En lui redonnant son lustre d’antan et en s’assurant que ses plus beaux atours sont en état, le gouvernement évite la mauvaise publicité. Il met aussi à l’abri des engins classés monuments historiques depuis 1979, pour l’ascensore Polanco, et 1998 pour les quatorze autres.
Quand la BD évoque la Colonia Dignidad
Sans tomber dans la caricature, l’Amérique du Sud a longtemps été un Eden pour les nazis soucieux de se faire oublier à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le Chili n’a, hélas !, pas fait exception à la règle. L’actualité s’est chargée de le rappeler il y a peu avec le décès de Paul Schäfer, ancien dignitaire nazi, mort le 24 avril 2010 alors qu’il était emprisonné à Santiago. Condamné à plusieurs reprises – pour pédophilie et actes de torture durant la dictature pinochetiste – Paul Schäfer était à l’origine de la Colonia Dignidad. Cette "colonie", dirigée par des anciens nazis venus se mettre au vert, accueille des enfants chiliens, notamment de jeunes Mapuches, dont les familles sont sans ressource. Les jeunes deviennent ensuite des proies faciles pour El Tio Permanente (l’oncle permanent) comme se faisait appeler Schäfer, ami personnel de Pinochet…

D'abord en toile de fond et, pour le troisième tome, comme moteur de l'histoire, le Chili fait partie intégrante du scénario de "Borderline"
Cet épisode peu glorieux de l’histoire chilienne est abordé dans le tome III de la bande dessinée Borderline. Au dessin, Nathalie Berr. Au scénario, Alexis Robin. Avant même l’écriture du scénario, l’auteur savait déjà que le Chili serait un élément indispensable de sa nouvelle série. Pour Chili et Carnets, il revient sur l’origine de ce projet, son travail de documentation et sur cette volonté de dévoiler un pan de l’histoire rarement abordé.
Pourquoi avoir choisi le Chili comme pays d’origine de la drogue qui fait basculer le héros de l’histoire ?
Alexis Robin : "Quand j’ai eu l’idée de cet écrivain qui se met à écrire des histoires dans un état second, il me fallait un catalyseur. J’ai pensé aux psychotropes qui peuvent exister en Amérique du Sud. Il me fallait donc une consonance hispanique. J’ai donc inventé le nom de cette herbe, Tocohuaca. Mais, si je la fais venir du Chili, des Mapuches, elle n’existe pas. Et si son nom a une signification, je ne la connais pas !"
Mais vous saviez déjà que le personnage principal irait au Chili ?
"Oui. Fernando Villa devait partir sur les traces de ce produit qui lui fait écrire les histoires de gens qu’il ne connaît pas. Et je voulais voir Valpararaíso. J’ai vu des documentaires sur cette ville, avec ces maisons qui se chevauchent pour grimper sur la colline…"
Des documentaires ? Etes-vous allé sur place ?
"Non, il y a eu beaucoup de travail sur internet. Nathalie Berr, la dessinatrice, s’est aussi inspirée de photos. Mais ces recherches ont permis de développer l’histoire différemment."
C’est à dire ?
"A la base, en parlant du Chili, j’étais parti sur Pinochet. Je voulais parler de cette dictature. En creusant, je suis tombé sur l’histoire de cette Colonia Dignidad. Une base créée par Schäfer, un ancien nazi. Pinochet se servait aussi de cet endroit comme base de torture ! C’était un lieu coupé du monde, avec sa propre économie. Les enfants étaient à la merci des gardes…"
Vous évoquez également le peuple Mapuche et le regard des Chiliens sur eux…
"Quand je me suis lancé dans l’écriture du scénario, je n’avais pas d’idée préconçue sur le peuple indien au Chili. Mais ils ont été emprisonnés, spoliés de leurs terres… J’ai eu envie d’évoquer ça aussi. De dire que, malgré la démocratie, il y a encore des injustices."
Fernando Villa va-t-il rester au Chili ?
"Le quatrième scénario est terminé. Il est de retour en France. Mais il a du mal à reprendre le cours de sa vie et à accepter son rôle de chaman Mapuche, de Kumlikan. Ce qui signifie "Pierre à moitié rouge". Il n’est plus au Chili, c’est désormais un "Chaman sans frontières" !"





