Chili et carnets

Le Chili sous toutes les coutures

Cinéma : Par le petit bout de la lorgnette

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Avec Santiago 73, post mortem, Pablo Larraín nous entraîne au Chili quelques jours avant et après le coup d’Etat du 11 septembre 1973. La caméra s’accroche aux pas de Mario. Cheveux fins, vie morne, visage fermé, il n’est rien, du moins pas grand-chose dans ce pays sur le point de basculer. Juste un Chilien déconnecté de ce qu’il peut bien se passer autour. Sa vie se résume à son métier – rédacteur de rapports d’autopsie – et à Nancy. Nancy, sa voisine danseuse de cabaret, qui l’obsède. Quand survient le putsch militaire, la vie de Mario va dévier imperceptiblement mais suffisamment pour qu’il franchisse une ligne irréversible. Sera-t-il de ceux qui résistent ou de ceux qui collaborent au régime pinochetiste ?
A travers le portrait d’un Chilien sans histoire, ce film livre tous les enjeux d’une période trouble du pays. Des mouvements de contestation de la jeunesse communiste aux meurtres de masses perpétrés par les militaires jusqu’à l’autopsie du corps du Président Allende, Pablo Larrain montre tout à travers les yeux de son héros trouble.

Il flotte comme un air du Roi des Aulnes (Michel Tournier) et des Bienveillantes (Jonathan Littell) dans le troisième film de ce réalisateur chilien. Un homme sans histoire, victime d’une obsession, plongée par la force des choses dans le déferlement de l’Histoire. Plaqué sur des images froides – Pablo Larraín a utilisé des objectifs russes des années 70 pour obtenir ce rendu – Post mortem suggère plus qu’il ne montre, évoque plus qu’il ne raconte, dérange plus qu’il n’instruit. Parce que le spectateur qui ne connaît pas les événements chiliens risque d’être largué et pourrait bien ne pas saisir la portée d’un tel pamphlet, il pèche parfois par excès de zèle : successions de plans fixes après successions de plans fixes, le film se veut sombre, il en devient glacial parfois, long souvent. Surtout dans sa première moitié.

Image Santiago 73
Mario Cornejo – impeccable et inquiétant Alfredo Castro – est confronté aux massacres des opposants de Pinochet (photo DR)

 La seconde, elle, n’est plus glaciale mais glaçante. Des corps par dizaines arrivent à la morgue, s’entassent dans les couloirs, encombrent les escaliers. Un choc, tant pour le spectateur que pour les protagonistes. C’est là que la vraie nature de ce Mario va réellement se dévoiler. Et c’est aussi là que l’on comprend comment le peuple chilien de l’époque s’est scindé en deux.
S’il ne fait pas mouche de bout en bout, Santiago 73, post mortem mérite tout de même que l’on s’y arrête. Pour découvrir le regard différent d’une personne qui n’a pas connu le coup d’Etat mais qui en a subi les conséquences.
Au cinéma depuis le 16 février. 1h38. Avec Alfredo Castro, Antonia Zegers, Jaime Vadell…
Pour découvrir la bande annonce, c’est ici.

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Written by Anthony Quindroit

27 février 2011 à 19 h 10 min

3 Réponses

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  1. […] inexistants. On trouve un exemplaire de Post Mortem, Santiago 73 (sorti en France et chroniqué ici). Pas représentatif d’un cinéma en mutation. Quant aux films de actalogue, ils semblent […]

  2. […] Huacho d’Alejandro Fernández Almendras. Des films de Pablo Larraín comme Tony Manero et Santiago 73 ; nous attendons d’ailleurs les droits sur Fuga pour sortir un coffret. Début juin, nous […]

  3. […] l’histoire d’un homme fasciné par Travolta dans La fièvre du samedi soir. Dans Santiago 73, la vie d’un médecin légiste bascule le jour du putsch. Ces deux films baignent dans […]


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