Chili et carnets

Le Chili sous toutes les coutures

Marie-Emmanuelle Verhoeven, la Française dans le collimateur du Chili

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La page "Soutenons Marie-Emmanuelle Verhoeven" sur Facebook (capture d'écran)

La page « Soutenons Marie-Emmanuelle Verhoeven » sur Facebook (capture d’écran)

Après seize mois de prison en Inde, où elle se rendait pour une retraite bouddhiste, Marie-Emmanuelle Verhoeven a été libérée. Mais elle n’est pas libre pour autant.

 Cette Nantaise de 56 ans a été arrêtée en 2015 à son arrivée sur le territoire indien à la demande de la justice chilienne qui réclame son extradition. Marie-Emmanuelle Verhoeven est soupçonnée d’avoir pris part à l’assassinat du sénateur Jaime Guzman Errazuriz en avril 1991. Le politique de droite était un proche de Pinochet ; il est même considéré comme l’un des principaux instigateurs de la politique pinochetiste. Guzman a été abattu par des membres du Frente Patriotico Manuel Rodriguez (FPMR), un groupe d’extrême-gauche.
 Le lien avec Marie-Emmanuelle Verhoeven ? Elle a vécu au Chili de 1985 à 1995. Elle a également travaillé dans l’administration pénitentiaire au Chili en 1994 et, dans le cadre de son travail avec les Nations Unies, croisé des membres d’une faction du FPMR accusés de l’assassinat. Suffisant pour l’accuser d’être une membre active du groupe ? Pour la justice chilienne, oui… Le dossier de l’assassinat de Guzman a été rouvert en 2010 alors que la droite de Sebastián Piñera arrive au pouvoir. Marie-Emmanuelle Verhoeven est rentrée en France depuis bien longtemps et n’a jamais été inquiétée. Jusqu’à un voyage en Allemagne en 2014 : elle est arrêtée et passe quatre mois en détention. « Mais l’Allemagne a refusé de faire droit à la procédure d’extradition », relate maître Clémence Witt, l’avocate française de Marie-Emmanuelle Verhoeven.
 Car il n’y a rien dans le dossier. Si ce n’est ce travail dans les prisons chiliennes dans le cadre professionnel. Mais cela n’a pas empêché une partie de la droite chilienne d’avoir transformé Marie-Emmanuelle Verhoeven en « Comandante Ana » et de mener une campagne virulente pour qu’elle soit extradée vers le Chili et jugée.
Une situation ubuesque que dénonce son conseil : 
« Marie-Emmanuelle Verhoeven est rentrée en France depuis 1995 : le Chili aurait pu demander à la France à l’entendre via une commission rogatoire. Cela n’a jamais été fait alors que c’est un pays avec lequel la France coopère : c’est la preuve qu’ils n’ont jamais voulu entendre sa version. »
 L’avocate pointe également un autre souci qui plombe la demande du Chili : « La demande d’extradition chilienne n’a aucune base légale. Entre le Chili (pays requérant) et l’Inde (pays requis), il n’exsitait aucun accord, ce que la première demande du Chili indique en toute lettre. Puis, face à ce vide juridique, dans sa seconde demande, le Chili vise un traité d’extradition de 1897 (à l’époque l’Inde était un protectorat britannique) dépoussiéré pour l’occasion ! Nous avons attaqué la légalité de ce traité devant la Cour suprême. »
 Si Marie-Emmanuelle Verhoeven a été libérée et si la diplomatie française suit le dossier de près, elle est aujourd’hui sous verrou extraditionnel. L’Inde doit décider si, oui ou non, elle peut répondre favorablement à la demande chilienne. Et la suite ? « C’est la première étape. Ensuite, il faudra mettre fin aux poursuites chiliennes », continue Me Clémence Witt. Tant que les poursuites sont maintenues, Marie-Emmanuelle Verhoeven ne pourra plus quitter la France sans risquer d’être arrêtée.  » Elle sera, bien entendu, à la disposition de la justice chilienne en France si les Chiliens souhaitent l’entendre », répète l’avocate.
 La théorie de la « Comandante Ana » a du plomb dans l’aile. C’est d’ailleurs ce que défend la principale intéressée, il s’agit « d’une création de l’extrême-droite »« En choisissant une Française, le Chili déplace le débat hors de son territoire », pointe une membre de son comité de soutien français« Dans ce dossier, il n’y a pas l’ombre d’une preuve », tacle-t-elle encore. Le témoignage à charge qui accusait Marie-Emmanuelle Verhoeven n’a pas été retenu comme un élément de preuve par la Cour Suprême.
 Interrogée par le journal Le Parisien, Marie-Emmanuelle Verhoeven estime être un bouc émissaire : « Les réseaux de l’extrême droite continuent à vouloir couvrir les exactions de la dictature. C’est pour cela que l’Union démocrate indépendante (UDI, parti ultra-conservateur de droite catholique fondé par Guzman) a rouvert l’affaire Guzman en 2010. Elle l’utilise comme épouvantail : désigner les adversaires de la dictature comme des terroristes permet de donner le beau rôle à ceux qui ont du sang sur les mains. »
Le procès au fond sur la demande d’extradition a démarré mardi 26 juillet. La procédure promet d’être longue.

Written by Anthony Quindroit

1 août 2016 à 11 h 17 min

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