Chili et carnets

Le Chili sous toutes les coutures

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Vendre le passé pour acheter un présent

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Véritable Etat dans l'Etat, la Colonia Dignidad a longtemps été le "terrain de jeu" d'anciens nazis (photo DR)

Le Chili va tenter de faire amende honorable samedi 21 août. Une grande vente aux enchères est organisée, elle devrait permettre de racheter un passé peu reluisant. Les biens dispersés appartenaient en effet à la tristement célèbre Colonia Dignidad (lire également le sujet sur « Borderline ») et sont, depuis, passés dans les mains de la justice.
Le domaine allemand – créé en 1961 et dirigé par l’ancien nazi Paul Schäfer – fut le théâtre d’événements sordides. Des actes pédophiles commis contre de jeunes Mapuches, des expériences pour une éventuelle guerre bactériologique, des tortures envers des opposants à la dictature… L’aire sous influence germanique, largement soutenue par Pinochet, a fait des centaines de victimes. Et ni le changement d’image en 1991 quand la Colonia été rebaptisée Villa Baviera, ni la tentative d’ouvrir le site (170 km² perdu au milieu de nulle part à quatre heures de Santiago) aux touristes en mal de grands espaces n’ont permis à l’ancienne enclave nazi de se détacher de sa sulfureuse réputation.
Samedi, la vente aux enchères organisée sur le domaine aura tout du symbole. Après le décès de Schäfer le 24 avril 2010, la justice chilienne semble vouloir se débarrasser des dernières traces de la Colonia. Un antique avion dix places, des vélos, des pompes à essence, des uniformes, du matériel médical et quelque 1000 autres accessoires divers et variés vont être éparpillés. Montant estimé des recettes : environ 10 milliards de pesos (près de 15,3 millions d’euros). Plus de 6 millions d’euros seront redistribués aux victimes de Schäfer ont précisé les autorités ravies de voir l’embargo levé sur le matériel entreposé depuis cinquante ans. La vente permettra-t-elle de laver la réputation entachée de la Villa et d’en faire enfin, comme le souhaitent les professionnels du tourisme, un site privilégié ? La rédemption n’est pas encore acquise…

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Written by Anthony Quindroit

17 août 2010 at 2 h 05 min

Quand la BD évoque la Colonia Dignidad

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Sans tomber dans la caricature, l’Amérique du Sud a longtemps été un Eden pour les nazis soucieux de se faire oublier à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le Chili n’a, hélas !, pas fait exception à la règle. L’actualité s’est chargée de le rappeler il y a peu avec le décès de Paul Schäfer, ancien dignitaire nazi, mort le 24 avril 2010 alors qu’il était emprisonné à Santiago. Condamné à plusieurs reprises – pour pédophilie et actes de torture durant la dictature pinochetiste – Paul Schäfer était à l’origine de la Colonia Dignidad. Cette « colonie », dirigée par des anciens nazis venus se mettre au vert, accueille des enfants chiliens, notamment de jeunes Mapuches, dont les familles sont sans ressource. Les jeunes deviennent ensuite des proies faciles pour El Tio Permanente (l’oncle permanent) comme se faisait appeler Schäfer, ami personnel de Pinochet…

D'abord en toile de fond et, pour le troisième tome, comme moteur de l'histoire, le Chili fait partie intégrante du scénario de "Borderline"

Cet épisode peu glorieux de l’histoire chilienne est abordé dans le tome III de la bande dessinée Borderline. Au dessin, Nathalie Berr. Au scénario, Alexis Robin. Avant même l’écriture du scénario, l’auteur savait déjà que le Chili serait un élément indispensable de sa nouvelle série. Pour Chili et Carnets, il revient sur l’origine de ce projet, son travail de documentation et sur cette volonté de dévoiler un pan de l’histoire rarement abordé.

Pourquoi avoir choisi le Chili comme pays d’origine de la drogue qui fait basculer le héros de l’histoire ?

Alexis Robin : « Quand j’ai eu l’idée de cet écrivain qui se met à écrire des histoires dans un état second, il me fallait un catalyseur. J’ai pensé aux psychotropes qui peuvent exister en Amérique du Sud. Il me fallait donc une consonance hispanique. J’ai donc inventé le nom de cette herbe, Tocohuaca. Mais, si je la fais venir du Chili, des Mapuches, elle n’existe pas. Et si son nom a une signification, je ne la connais pas ! »
Mais vous saviez déjà que le personnage principal irait au Chili ?

Alexis Robin (photo © Laurent Mélikian pour Bamboo Édition)

« Oui. Fernando Villa devait partir sur les traces de ce produit qui lui fait écrire les histoires de gens qu’il ne connaît pas.  Et je voulais voir Valpararaíso. J’ai vu des documentaires sur cette ville, avec ces maisons qui se chevauchent pour grimper sur la colline… »
Des documentaires ? Etes-vous allé sur place ?
« Non, il y a eu beaucoup de travail sur internet. Nathalie Berr, la dessinatrice, s’est aussi inspirée de photos. Mais ces recherches ont permis de développer l’histoire différemment. »
C’est à dire ?
« A la base, en parlant du Chili, j’étais parti sur Pinochet. Je voulais parler de cette dictature. En creusant, je suis tombé sur l’histoire de cette Colonia Dignidad. Une base créée par Schäfer, un ancien nazi. Pinochet se servait aussi de cet endroit comme base de torture ! C’était un lieu coupé du monde, avec sa propre économie. Les enfants étaient à la merci des gardes… »
Vous évoquez également le peuple Mapuche et le regard des Chiliens sur eux…
« Quand je me suis lancé dans l’écriture du scénario, je n’avais pas d’idée préconçue sur le peuple indien au Chili. Mais ils ont été emprisonnés, spoliés de leurs terres… J’ai eu envie d’évoquer ça aussi. De dire que, malgré la démocratie, il y a encore des injustices. »
Fernando Villa va-t-il rester au Chili ?
« Le quatrième scénario est terminé. Il est de retour en France. Mais il a du mal à reprendre le cours de sa vie et à accepter son rôle de chaman Mapuche, de Kumlikan. Ce qui signifie « Pierre à moitié rouge ». Il n’est plus au Chili, c’est désormais un « Chaman sans frontières » ! »

Quelques planches du tome III de "Borderline" (avec l'aimable autorisation de Bamboo Editions)

Paul Schäfer

Written by Anthony Quindroit

17 mai 2010 at 15 h 25 min

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